Quand la peine rôde

DSC06352Il y a de ces moments où tout semble lourd et peu attrayant. Où la terre est sombre, engorgée, pareil à de la boue.

Le regard à l’horizon, l’œil vide et pourtant plein d’angoisses, de peurs, de larmes invisibles. Quand le temps s’arrête et qu’enfin nous ressentons, la peine s’installe parfois. Sans point d’attache, sans port, sans ancrage, elle nous semble étrangère et pourtant si réelle. Telle une ombre qui s’étend et nous entoure, elle semble volatile et puissante en même temps. Tirailler entre la laisser nous envahir ou lutter pour la repousser, nous finissons bien souvent par nous couper de nos sensations. Vue de loin, elle semble plus petite mais uniquement tant que nous la distrayons, la détournons de son but en lui faisant miroiter un “bonheur” factice. Mais dès que le temps s’appesantit sur notre présent, ce que nous pensions avoir relégué à la cave à double tour semble pris d’une fureur d’exister, de remonter à la surface en saccageant tout au passage, juste pour nous faire payer la remise au placard.

Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? D’où peut venir toute cette peine ?

Chacun trouvera la réponse en acceptant de ressentir, de se poser, d’arrêter un peu le cours des activités incessantes, de se laisser aller dans un temps suspendu. Bien entendu, cela implique d’accueillir les émotions tant redoutées, de verser les larmes qui ont besoin de couler, de supporter la sensation désagréable d’une peine qui cherche à se frayer un chemin. Comme le jardinier reconnaît qu’il ne maitrise pas tout dans son jardin et que des forces positives mais aussi négatives s’y exercent.

La peine et toutes les émotions qui l’accompagnent ne sont pas que négatives.

Bien que son vécu ne soit pas plaisant, il nous offre la possibilité de nous recentrer sur nous, de faire un petit travail d’archéologue, de retrouver ce pour quoi nous sommes ce qu’on est, de se reconnecter à notre corps et à ses précieux messages. Cette expérience nous apporte aussi la possibilité de résoudre, de réparer, de combler, de satisfaire des besoins, des manques, des envies, des conflits.

Quelques questions peuvent aider cette introspection.P1050678

Avez-vous vécu un événement particulier ces derniers temps ? Si oui, quelle signification prend cet événement dans votre histoire ?

Une partie de votre vie, une situation ou une relation arrive-t-elle à son terme ? Si oui, que vous fait ressentir cette séparation ? Comment fait écho cette rupture avec votre histoire ? Avez-vous l’impression de perdre quelque chose ?

Quelles sensations dans votre corps remarquez-vous lorsque vous autorisez l’émotion à émerger ? Qu’est ce que cela pourrait signifier pour vous ?

Malgré tout, il est important de ne pas précipiter les choses.

Le fait de retenir certaines choses fait aussi partie de nos moyens naturels de protection. Quand la barrière semble trop haute, trop solide, ou semée d’embûches, s’embarquer dans cette aventure peut s’avérer à nos risques et périls. Il est donc préférable de s’associer à un professionnel pour entamer une telle expédition.

Le simple fait d’observer et de constater que quelque chose est là, tapie au fond de nous, est déjà un acte de changement et de transformation. C’est en amenant la conscience sur nos ressentis, sensations, émotions et vécus que le voyage commence.

3 Commentaires

  1. caroline

    Merci pour vos mots forts qui me touche. Même si votre récit démarre dans la noirceur et le profond malaise du mal-être, vous nous emmenez vers un ciel plus bleu, une herbe plus verte: une grosse bouffée d’optimisme vers un air plus pur.

    Tout comme vous, je pense que nos émotions « nous gouvernent » dans de nombreux domaines.
    Les souvenirs bien sur, la relation aux autres, les variations du poids du corps et les maux du corps même…
    Après avoir fait une phlébite il y à quelques année, je me suis rendue compte qu’à cette époque de ma vie, je n’avais plus envie d’avancer, plus de courage pour affronter les difficultés du moment.
    Il y à quelques mois, cette fois je me suis démise la mâchoire, tellement mon corps n’acceptait plus d’être malmené par mon esprit! A cette période, je rencontrais de grosses difficultés dans le cadre de mon travail et j’avais le plus grand mal à faire entendre mon point de vue… coïncidences? Certainement pas.
    Ce deuxième signal, j’ai pu en parler avec une psychologue et de ce fait j’ai compris pourquoi je m’étais mise dans cet état: mise à mal. J’ai pu alors, dire ce que je ne pouvais plus vivre et enfin me relever, poursuivre mon chemin plus sereinement…
    J’ai encore du mal parfois, à écouter mes émotions pour les comprendre, pouvoir les regarder avec bienveillance et les accepter. Pourtant, elles devraient devenir des alertes qui nous guident.
    J’essaye de remarquer leur présence (parfois insistante!) pour ne pas pousser leurs charges trop loin, là où ça fait trop mal. En tout cas, en parler avec un psychologue pour les apprivoiser, pour l’avoir vécu: ça vaut vraiment le coup 🙂

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    1. lejardindupsy (Auteur de l'article)

      Merci Caroline pour votre témoignage. Vous abordez ici la question de la somatisation qui est un sujet très intéressant et dont je pense en faire un article prochainement. A bientôt !

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  2. François

    N’oublions pas qu’enfouir ses émotions pour les faire disparaître est une illusion ! Elles resurgissent tôt ou tard, parfois au moment où l’on s’y attend le moins. Alors à la tristesse ressentie s’ajoute de la culpabilité : « pourquoi suis-je triste alors que tout va bien dans ma vie ? »
    N’ajoutons pas plus de peine à celle que nous avons déjà. Si la tristesse nous prend soudainement, c’est qu’on la fuit plus tôt, alors qu’il aurait fallu l’éprouver. Maintenant qu’elle revient, acceptons la, et passons l’éponge.

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