La régulation émotionnelle

Nous naissons tous avec le même cerveau.

Au début, peu mature, nous ne pouvons bénéficier de toutes ses richesses qui nous permettent d’appréhender le monde qui nous entoure tout comme notre monde intérieur.

C’est en apprenant auprès des adultes qui nous accompagnent dans notre développement que, petit à petit, le cerveau se structure, se consolide, se fortifie dans son propre fonctionnement et façonne également notre manière de percevoir, de vivre, de sentir les choses.

Dans ce cheminement, l’environnement compte tout autant que nos « déterminismes », nos gènes. L’un et l’autre sont indissociables même si les dernières avancées ont tendance à mettre l’accent sur la force de l’épigénétique, c’est à dire l’influence de ce qui nous entoure et de nos propres décisions sur nos gènes et leur expression. De quoi méditer…

Tel des muscles, certains chemins neuronaux seront plus sollicités que d’autres et nous seront plus promptes à utiliser ces derniers qu‘à en essayer de nouveaux. C’est la force du conservatisme ! Le cerveau tente de se prouver qu’il est bien comme il pense être et que le monde est bien comme il croit qu’il est …

Tant que ces chemins là sont fonctionnels et nous rendent la vie agréable, aucuns problèmes en vue. En revanche, quand nos réseaux neuronaux sont câblés de telle sorte que nous nous retrouvons de manière répétée dans des situations non bénéfiques pour nous et/ou générant de la souffrance, là peut se poser la question de la thérapie : peut-elle nous aider à réhabiliter nos réseaux neuronaux afin d’aborder la vie de manière sereine et positive ?

Jaak Panksepp

Mélange de psychologie positive et de neuroscience (intrinsèquement liées par ailleurs) il est intéressant de considérer ces réseaux neuronaux sous l’angle des émotions de base. C’est ce que Jaak Panksepp a ingénieusement étudié.

Les émotions sont ce qui nous font réagir au quart de tour, exalter dans un moment de partage, porter toute notre attention à un être cher, jouir d’une relation délicieuse, verser des larmes à n’en plus finir ou trembler de peur de la tête au pieds. Qu’on le veuille ou non, notre cerveau va tout faire pour colorer toutes nos expériences de teintes émotionnelles plus ou moins réjouissantes.

Il est maintenant montré que nous sommes tous dotés de 7 circuits émotionnels de base – ou de survie car elles ont toutes une fonction de préservation de l’individu et/ou de l’espèce.

Parmi ces 7 émotions, nous en comptons 4 dites positives car nous allons naturellement chercher à les ressentir, les reproduire : le système Recherche (l’aller vers, la curiosité de la découverte), le système Prendre soin (dirigé vers l’autre, capacité à rejoindre l’autre dans son éprouvé), le système Jeu (permettant l’apprentissage et les échanges sociaux) et le système Désir (sexualité relationnelle).

Il nous en reste donc 3 dites négatives car nous allons spontanément chercher à les éviter : le système Colère, le système Peur et le système Panique/Détresse (lié à la séparation, qui active normalement le système Prendre soin de l’autre).

C’est l’agencement, en terme d’activation et d’équilibre, de ces différents circuits qui va configurer la qualité relationnelle que nous éprouverons mais également la qualité d’être, de présence, de rayonnement que nous vivrons.

Pour chaque circuit/système, nous pouvons donc parler d’activation dite « normale », de sous-activation (peu accessible, peu exprimable) ou de sur-activation (surcharge du circuit, bloquant souvent la régulation d’autres circuits).

L’idéal étant d’atteindre un fonctionnement où toutes les émotions seraient ressenties dans des zones d’activation normale, disponible si besoin, de manière fluide et souple, avec des stratégies différentes et variables en fonction de la situation.

Un idéal qui peut paraître inatteignable… et pourtant !

Un des moyens de retrouver cette capacité de régulation émotionnelle est (tout bêtement) de l’apprendre ! Mais quelques conditions sont nécessaires pour que cet apprentissage soit « bien fait », efficace et pérenne :

  • Les émotions étant ce qui nous relient aux autres, l’apprentissage ne peut se faire que très difficilement en autodidacte. La thérapie permet d’être guidé par une personne maitrisant suffisamment bien sa propre régulation émotionnelle et qui soit en mesure de la transmettre.
  • Pour réguler certains circuits sur-activés, il va paradoxalement falloir aller rechercher ponctuellement son activation et non l’éviter ! Une émotion est comme une envie de faire de pipi : une fois là, elle est difficile à faire partir. On peut éventuellement couper les signaux pendant un temps si on trouve une occupation qui accapare suffisamment d’attention et de concentration, mais une fois ces distractions passées, l’envie se refait sentir… jusqu’à ce que le processus aille jusqu’à son terme ! Tant que l’émotion ne va pas au bout de son processus de régulation, elle reviendra vous visiter, parfois à des moments inopportuns ou qui vous empêchera de profiter du moment présent. Le processus de l’émotion est d’être ressenti, partagé en étant rejoint dans notre éprouvé par un Autre bienveillant tout en lui donnant un sens. Ainsi, l’émotion pourra être intégrée naturellement et se transformer progressivement mais sûrement dans nos actions quotidiennes, nos façons de réagir, nos manières d’aborder les situations (nouvelles ou connues).
  • Les circuits sous-activés devront eux aussi être stimulés via l’aide d’un Autre, qui nous prêtera pendant un temps ses mots et ses éprouvés si besoin est. Ainsi, nous (re)apprenons en regardant l’autre faire, en mimétisme, ce que les enfants savent parfaitement faire !

La thérapie est également un lieu privilégié pour retrouver l’équilibre émotionnel tant recherché. En effet, c’est en trouvant le juste milieu, en prenant du recul (et non de la distance en évitant de les ressentir) et en donnant du sens à ce que nous éprouvons au regard de notre histoire (qu’est ce qui fait que je perçois le monde tel que je le perçois ?) que nous pourrons nous réhabiliter dans notre être particulier et unique.

Le fameux sens de notre vie sera tout de suite plus accessible, bien qu’un brin mystérieux. Dans tous les cas, notre place sera plus simple à trouver et à prendre.

A ce moment là, l’organisme respire, le cerveau s’active mais ne surchauffe pas ou ne dépérit pas : il vit !

Pour aller plus loin : Margot Sunderland reprend les travaux de Jaak Panksepp en les liant aux pratiques éducatives de nos bambins de 0 à 8 ans dans son ouvrage « La science de l’enfant heureux » aux éditions Deboeck.

Cet article a 2 commentaires

  1. Caro

    Merci pour votre article très intéressant et documenté qui donne envie de lire les travaus de Jaak Pankseep.

  2. Pauline

    Bel article – et belle approche !

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