Le corps du vieux

Un titre qui peut paraître choquant de nos jours, de par l’appellation « vieux » mais qui n’est pourtant que réalité, sans mensonge ni détournement des mots au profit d’un lissage hygiénique et stérilisant.

Un corps fascinant, qui nous intrigue tout en nous effrayant de plus bel. Un corps tantôt désincarné, vide, tantôt houleux de remontrances, de haine, d’amertume ou bien encore un corps qui nous fait miroiter ce fameux « bien vieillir », comme à la télé où tout semble aller pour le mieux.

vieuxQue faire de ce vieux corps ? Qui est-il ? A-t-il été autre chose ? Qui peut bien l’habiter aujourd’hui ?

Autant d’interrogations qui font de la société un malvoyant. Les questions d’apparence ardue (ou plutôt dangereuse) ne laissent pas de place aux réponses, comme si les vieux se positionnaient pile dans la tâche aveugle de tout un chacun. Dès lors, ils n’existent plus, cloitrés dans leurs maisons « de repos », « de retraite » ou « de solitude », « de désespoir » ? Tant qu’ils y restent, le petit monde se porte bien.

Mais que se passe-t-il lorsque l’un d’entre eux (seraient-ce des intrus ?) fait parler de lui ? Malaise dans la culture ? Presque comme une reproduction de ce qu’ils peuvent vivre, nous pouvons nous sentir désorientés, troublés, éblouis de voir ce qui était embrumé d’un voile social trompeur et au final vain.

Il semblerait que le vieux lui-même prenne ce parti en s’ingéniant à trouver des raisons de haïr ce corps, de lui en faire baver davantage, de le détester dans ce qu’il montre de son identité, de le rejeter après toutes ces années de bons et loyaux services.

Par la plainte, le vieux exprime probablement ces angoisses, mais lesquelles ? La société nous imprime tellement les injonctions de jeunesse, de force, de rapidité, d’individualisme, d’identité personnelle, de créativité, d’innovation et j’en passe, que le vieux ne s’y retrouve plus. Ce sont alors des angoisses de ne plus faire partie du lot (et de l’humanité ?), de ne plus répondre aux attentes et aux exigences, de ne plus porter son individualisme et son indépendance comme un étendard de contrée nouvellement conquise et finalement, c’est la peur de ne plus être.

Ainsi, bien plus qu’une volonté d’attirer les regards et l’attention pour lutter contre la solitude et la frustration, ces appels à l’aide manifestent un mal être profond, un besoin insatisfait d’appartenance au genre humain et de reconnaissance d’être vivant. Malgré les apparences, le corps reste un corps et tant qu’il respire, il est habité d’une âme, d’un esprit, d’un individu qui continue d’exister.

vieux 2Ce corps flétrit, fripé par le temps est comme celui d’un marin portant les marques des vents et marées. Tant d’années, tant d’expériences qui s’inscrivent dans la matière, sur cette peau et ces organes. Tant de richesse que nous ne voulons pas percevoir peut être de peur d’y découvrir quelques trésors de sagesse et de bon sens.

Laissons ce corps vivre et s’exprimer. Nous serions surpris de constater ce qu’il a à dire, ce qu’il a à nous apprendre. Et peut être alors, les erreurs du passé pourront être évitées dans le futur (et même dans le présent !).

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