La faute à qui ?

Par Joshua Earle

Par Joshua Earle

Le point de départ :

Parfois, le doute s’installe quand ce n’est pas une conviction intime d’être responsable de tous les malheurs du monde, de ceux des autres comme des nôtres. A l’inverse, on pense parfois que ce sont les autres la source de nos soucis.

Dans tous les cas, la responsabilisé est distordue, déplacée, amplifiée ou exacerbée. Ces déformations sont généralement source de souffrance : sentiment d’impuissance, de poids accablant ou encore de culpabilité.

Causes (non exhaustives)

Ce genre de situation survient lorsque nous sommes tellement impliqués dans une situation que plus aucune prise de recul n’est possible. On retrouve aussi ce genre de positionnement en cas de trauma passé.

Lorsque nous nous attribuons spontanément la responsabilité de ce qui se passe autour de nous, nous tentons de répondre à des exigences inatteignables, de satisfaire le plus grand nombre en oubliant vite nos propres désirs et besoins. Il y a de fortes chances que nous ayons eu à prendre en charge plus que ce qu’il nous était possible de gérer en tant qu’enfant.

Lorsque nous attribuons toutes responsabilités aux autres, nous externalisons le problème, le rendant étranger à notre contrôle tout en rejetant le rôle que nous y avons joué. Peut être avons nous construit précocement une image de l’autre plutôt négative sans pouvoir nous différencier suffisamment.

Un peu de théorie

On parle souvent de « l’art de déléguer ». Cette capacité à donner une partie ou la totale responsabilité d’une situation à quelqu’un est effectivement quelque chose qui s’apprend, comme la technique artistique.

L’enfant (être dépendant) « délègue » d’abord tous les aspects de sa survie à ses parents. Si ces derniers se montrent insuffisamment présent et comblant, l’enfant considérera l’autre comme mauvais ou bien s‘attribuera toute la responsabilité de sa survie, en fonction de son stade développemental. Dans le dernier cas, il sera chargé de trop grande responsabilité et gardera probablement ce modèle de fonctionnement ultérieurement. S’il considère l’autre comme mauvais et potentiellement dangereux, il risque de lui attribuer toutes responsabilités. A nouveau, il gardera vraisemblablement cette vision de l’autre dans sa vie adulte.

Le fait de pouvoir conserver et assumer une partie de notre responsabilité est aussi quelque chose qui demande un apprentissage.

Cette contenance est en lien avec la construction de nos limites et de nos frontières. Traduction : la capacité à se différencier de l’autre comme être à part entière nous permet d’instaurer une juste distance dans la relation. De cette différenciation, nous pouvons ensuite distinguer ce qui nous appartient de ce qui appartient à l’autre, y compris la responsabilité !

La question du trauma dans cette thématique est un aspect complexe de cette problématique, elle fera donc l’objet d’une autre publication.

Et après ?
Par Leeroy

Par Leeroy

Le sentiment de culpabilité ou d’impuissance face aux autres ou à soi-même nécessite généralement l’aide d’un professionnel formé à ce genre de situation. Du fait de leur ancrage souvent précoce ou complexe dans l’histoire de la personne, il est difficile d’entamer un processus thérapeutique « auto-didacte » en toute sécurité. Il est vrai que le chemin vers la guérison peut comporter des périodes de mal être exacerbé par le traitement d’éléments douloureux. Etre accompagné et étayé par un professionnel est donc quasi incontournable.

4 Commentaires

  1. caroline

    Quand on commence à se demander « qui est le responsable », alors parfois la culpabilité peut aussi entrer dans la danse… De toute façon, si cela devient trop lourd à porter, trop compliqué pour nous, en parler ne peut être que salutaire!

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    1. lejardindupsy (Auteur de l'article)

      Merci Caroline pour ta réaction. Il est vrai que parler permet souvent de se décharger de tensions, d’émotions ou juste d’un trop plein. J’invite quand même ici à la prudence concernant les personnes ayant une histoire traumatique par exemple. Parler d’un événement traumatique peut parfois concourir à renforcer le trauma en le réactivant. Dans ce cas là, il est important d’être accompagné par un professionnel qui saura contenir et soutenir le récit pour éviter ces désagréments. A bientôt Caroline !

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  2. François

    Responsabilité et culpabilité sont bien souvent liés, parfois à tort, aggravant injustement nos souffrances. C’est que la responsabilité est tournée vers le passé. On regarde en arrière et l’on se plaint des erreurs et des poids que l’on traine. Et si l’on voyait la responsabilité autrement ? Ne la regardons plus comme relative à nos « actions passées » mais plutôt par rapport à nos « actions futures ». La responsabilité suggère une potentialité : celle d’améliorer les choses !
    « Ce qui est fait est fait ». C’est une banalité, mais les banalités sont souvent des vérités déconcertantes… N’ajoutons pas plus de souffrance à une existence déjà si difficile.
    Agissons tourner vers l’avenir : tous à notre ménages de printemps !

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    1. lejardindupsy (Auteur de l'article)

      Merci François pour cette belle ouverture. En effet, la responsabilité concerne tout autant notre capacité à agir dans le présent et dans le futur. Il me semble que l’introspection et l’observation de nos ressentis font parties intégrantes de ce processus de reprise et de réappropriation de notre être et de nos actions futures. Il est vrai que le piège de « rester coincé » dans le passé guette mais le jeu en vaut la chandelle !

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